Bonjour à tous

Cette semaine, on teste un nouvel outil : un navigateur agentique, c'est-à-dire un navigateur capable d'agir seul sur le web. Tu lui donnes une instruction, il prend le contrôle et fait le travail à ta place : il cherche, il clique, il navigue, il remplit les champs.

Le cas d'usage : faire mes courses alimentaires de la semaine. Quand tu sais ce que tu veux manger, tu as une liste — et vite 20, 30, 40 articles à retrouver un par un pour remplir le panier. C'est long et pas franchement passionnant. Exactement le genre de tâche qu'on peut déléguer.

L'outil, c'est Comet, le navigateur de Perplexity.

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Ce que tu vas trouver dans cette édition


Comet — c'est quoi exactement ?

D'abord, Perplexity. C'est l'entreprise qui a popularisé la recherche par IA : au lieu de te renvoyer vers dix liens à éplucher, elle te donne directement une réponse rédigée. Le gros défaut de l'IA, c'est qu'elle invente parfois ses réponses. La marque de fabrique de Perplexity, c'est de toujours citer ses sources : tu vois d'où vient l'information et tu peux la vérifier d'un clic. C'est ce qui en a fait un concurrent sérieux de Google.

Pour situer : la boîte a été fondée en 2022 à San Francisco par d'anciens chercheurs d'OpenAI, Google et Meta. Elle a levé énormément en très peu de temps — Nvidia, Jeff Bezos et SoftBank comptent parmi ses investisseurs — pour une valorisation autour de 20 milliards de dollars fin 2025. Autrement dit, un acteur sérieux, pas un side-project.

Sauf que les géants ont vite rattrapé leur retard : Google a mis l'IA dans Search, Microsoft dans Edge. La riposte de Perplexity : sortir son propre navigateur, avec un agent intégré.

Comet, c'est donc un navigateur Chrome doté d'un agent IA intégré. L'agent fait partie du navigateur lui-même : il voit la page que tu regardes, comprend ta demande, et peut agir à ta place — naviguer, cliquer, remplir un formulaire, réserver.

Comet ouvert sur un site de courses en ligne

Comet : un navigateur classique, avec un assistant intégré en sidebar qui peut prendre le contrôle à la demande

Il est basé sur Chromium — le même moteur que Chrome — ce qui le rend compatible avec les extensions Chrome et utilisable partout. À l'origine réservé au desktop, il est désormais aussi disponible sur Mac, Windows, iOS et Android (le mobile est arrivé en mars 2026).


Combien ça coûte ?

Comet est gratuit. Le navigateur, la recherche IA et l'agent — y compris celui qu'on utilise dans ce test — sont accessibles sans rien payer, sur Mac, Windows, iOS et Android.

La seule réserve : si tu enchaînes les tâches automatisées toute la journée, tu finis par atteindre les limites du gratuit, et il faut alors passer à l'offre payante (Perplexity Pro, ~20$/mois). Pour un usage normal — faire ses courses une fois par semaine, par exemple — le gratuit suffit largement.


Le test : faire mes courses en ligne

Le contexte

Les courses alimentaires, c'est la tâche répétitive par excellence : toutes les semaines, à peu près les mêmes produits, le même site, le même panier à reconstituer à la main. Exactement le genre de corvée qu'on délègue volontiers.

J'ai utilisé un site de livraison de courses en ligne — peu importe lequel, le tien marchera pareil, qu'il s'agisse de Carrefour, Intermarché, Monoprix ou autre. La mission confiée à Comet : remplir mon panier à partir d'une liste, puis s'arrêter sur la page panier — sans valider, sans payer.

Pour la liste, j'ai d'abord demandé à Claude de me la générer selon mes contraintes — ici une semaine de batch cooking pour une personne. C'est utile en soi : que tu cherches à prendre du muscle, à perdre du poids, ou que tu sois intolérant au gluten ou au lactose, Claude te sort une liste de courses adaptée à tes besoins. Il ne reste plus qu'à la faire remplir.

La liste de courses générée avec Claude

La liste de départ, générée avec Claude selon mes contraintes

Le prompt

Avant de lancer l'agent, j'ai construit un prompt structuré avec Claude. C'est une bonne pratique qu'on répète souvent dans Lucius : plus la tâche est cadrée, moins l'agent improvise dans les mauvaises directions.

Ici, le prompt fait trois choses essentielles :

Le prompt structuré

Le prompt — l'objectif et les garde-fous sont explicites, surtout le « tu ne valides pas, tu ne paies pas »

Ce « tu ne valides pas, tu ne paies pas » n'est pas un détail. On y revient plus bas : c'est la règle d'or quand on laisse un agent agir.

La permission

Une fois le prompt envoyé, Comet demande l'autorisation de prendre le contrôle du navigateur. Étape de validation explicite : tu choisis d'autoriser ou non. J'ai autorisé.

Comet demande l'autorisation de contrôler le navigateur

Comet demande la permission avant d'agir — on autorise, ou pas

L'agent en action

C'est là que ça devient impressionnant — surtout la première fois que tu le vois en action. Les bords de l'écran se teintent de bleu. La souris se déplace seule. On voit l'agent ouvrir la barre de recherche, taper « lait », scroller les résultats, comparer les produits, ajouter au panier, passer à l'article suivant. On a vraiment l'impression de regarder quelqu'un d'autre utiliser ton ordinateur, en silence.

Comet navigue en autonomie

Comet travaille seul — il lit la liste, cherche chaque produit, choisit et ajoute au panier, article par article

Soyons honnêtes : c'est lent. Le panier complet — une vingtaine d'articles — lui a pris environ 40 minutes, bien plus que toi à la main.

Mais c'est là que se joue l'intérêt : pendant ces 40 minutes, je n'ai rien eu à faire. L'agent tourne seul pendant que tu travailles sur autre chose. Ces 40 minutes, c'est lui qui les passe. Du coup la vitesse compte peu : ce qui compte, c'est le temps que ça te libère.

Le résultat

Le panier rempli et le rapport final

Panier rempli, substitutions signalées, un article introuvable — et l'agent s'est bien arrêté sur la page panier, comme demandé

Le panier est complet : une vingtaine de produits, et surtout l'agent s'est arrêté sur la page panier sans valider, exactement comme demandé.

Deux choses méritent qu'on s'y arrête :

Les substitutions. Comme certains formats exacts n'existaient pas, l'agent a pris le plus proche — par exemple un paquet de 500g là où je demandais 350g — et il les a tous listés dans son rapport. C'est le bon comportement : il te laisse arbitrer avant de valider, plutôt que de décider en silence.

L'article introuvable. Les fruits rouges surgelés n'ont pas été trouvés — tout simplement parce que ce service ne vend pas de surgelés. L'agent l'a signalé clairement plutôt que de bricoler un remplacement hasardeux. Là encore, le bon réflexe.


Le point confidentialité

Quand on laisse une IA piloter son navigateur, deux précautions s'imposent.

D'abord, ne jamais l'autoriser à valider ou à payer. C'est tout l'objet de la règle qu'on a mise dans le prompt : l'agent remplit le panier et s'arrête. Tu gardes la main sur la dernière étape — celle qui engage ta carte. C'est non négociable.

Ensuite, sache à qui tu confies tout ça. Perplexity a reconnu publiquement que Comet sert aussi à collecter des données pour de la publicité ciblée — un modèle assez proche, dans l'esprit, de ce que fait Chrome. Et des chercheurs en sécurité ont identifié en 2025 une faille (baptisée « CometJacking ») permettant, via un simple lien piégé, d'exfiltrer des données. Rien de disqualifiant en soi, mais à garder en tête : un agent qui voit tout ton écran et agit en ton nom, ce n'est pas anodin. Pour des courses, le risque est faible. Pour des tâches qui touchent des données sensibles, réfléchis-y à deux fois.


Le verdict : 8/10

Pour une tâche répétitive comme les courses, Comet fait le travail, seul, et plutôt bien. Il respecte les contraintes, signale ses substitutions, repère ce qu'il ne trouve pas, et s'arrête où on lui dit. Sur l'exécution, c'est solide.

Son vrai atout, c'est qu'il est gratuit : tu obtiens un agent capable sans rien débourser. À garder en tête quand même : c'est lent (40 minutes pour un panier, mais sans que tu aies à rester devant), et tu dois relire ses substitutions avant de valider.

Surtout, Comet est loin d'être seul à savoir faire ça — on en parle juste en dessous, et tu peux notamment piloter le même genre de tâche directement depuis Claude. Si tu paies déjà pour un assistant IA, autant tout centraliser dans un seul outil plutôt que d'empiler les navigateurs. Mais si tu n'as pas d'abonnement Pro, Comet a une vraie valeur ajoutée : c'est la façon la plus simple d'avoir un agent web sans sortir la carte bleue.

Le verdict : ça vaut le coup pour les tâches web répétitives — à condition de garder la main sur la validation.


Les alternatives

Comet n'est pas seul sur le marché des navigateurs agentiques :

Atlas (OpenAI) — Toujours Mac uniquement à ce jour (la version Windows est annoncée mais pas encore sortie). Intégré à l'écosystème ChatGPT, avec un « agent mode » réservé aux offres payantes (ChatGPT Plus à ~20$/mois).

Claude in Chrome (Anthropic) — Une extension Chrome plutôt qu'un navigateur à part entière. Bonne option si tu ne veux pas changer de navigateur. Liée à Claude Pro (~20$/mois).

Si tu dois choisir aujourd'hui : Comet pour sa gratuité et sa compatibilité Windows/Mac/mobile. Atlas si tu es sur Mac et déjà dans l'écosystème OpenAI.


D'autres cas d'usage à explorer

Les courses ne sont qu'un exemple. D'autres tâches qu'on pourrait déléguer à un agent comme Comet — et qu'on testera peut-être :


Mot de fin

Les agents qui agissent sur le web sont encore jeunes : lents, parfois maladroits, mais ils dégrossissent déjà des tâches qu'on repoussait. Les courses ne sont qu'un début — la même logique vaut pour une réservation, une comparaison de prix, ou une recherche fastidieuse.

Si tu testes Comet cette semaine, dis-moi sur quoi tu l'as lancé. Et si tu as un outil que tu aimerais qu'on teste, n'hésite pas à nous le faire savoir.

Très bon week-end, à samedi prochain.

Lucius

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