Bonjour à tous

Lucius est de retour. Et la rentrée vient avec un nouveau format : les éditions arrivent désormais le dimanche, toutes les deux semaines — deux semaines qui laissent le temps de tester les outils en profondeur. Pour le reste, rien ne change : un outil, un test, un verdict.

Pour cette rentrée, un sujet qu'on n'avait jamais touché, et un phénomène qui prend de l'ampleur : la musique générée par IA. Tu as entendu parler de Willylancien ? Un rappeur sans visage, aucune interview, aucun clip incarné — et des millions d'écoutes, des reprises par centaines de milliers sur TikTok, une diffusion sur Skyrock. Sur Deezer, ses projets portent une étiquette inhabituelle : « contenu généré par IA ». Et il est loin d'être seul : la même plateforme reçoit environ 20 000 titres générés par IA chaque jour.

La question de cette édition : ces outils, qu'est-ce qu'ils donnent entre les mains de quelqu'un comme toi et moi ? J'ai testé Udio, l'une des plateformes de référence — en partant de zéro : je n'ai jamais fait de solfège, je ne joue d'aucun instrument. Et, on va le voir, générer de la musique de qualité, ce n'est pas encore ça.


Ce que tu vas trouver dans cette édition


Udio — c'est quoi exactement ?

Tu écris une description — le style, l'ambiance, le type de voix — et Udio génère un morceau complet : les instruments, la voix qui chante, le mixage. Une chanson entière, produite en une ou deux minutes. La plateforme est aussi une communauté : les créations des utilisateurs s'y écoutent comme sur un réseau social, avec ses tendances et ses classements.

Page de découverte d'Udio : catégories et morceaux tendance

Udio est aussi une communauté : les morceaux générés s'écoutent, se likent, se classent

Un mot d'histoire, parce qu'il explique tout le reste. Udio (et son grand rival Suno) ont été attaqués en justice par les majors du disque, accusés d'avoir entraîné leurs modèles sur des musiques protégées sans autorisation. Fin 2025, Udio a signé un accord avec Universal Music, le plus gros label du monde, et se transforme en plateforme « licenciée » — entraînée sur des catalogues autorisés, dans un environnement plus contrôlé. Et ça a plusieurs conséquences sur la manière dont l'outil fonctionne.

Première conséquence, la plus visible : le casting maison. Puisque imiter les vrais artistes est interdit, Udio a créé les siens — des dizaines de chanteurs et chanteuses fictifs, avec portrait, nom de scène et genre attitré : Tron pour le hip-hop, Luna pour la pop, Static pour le rock… Tu choisis ta voix comme on choisit un personnage de jeu vidéo.

Catalogue des chanteurs fictifs d'Udio

Faute de pouvoir imiter les vrais, Udio a inventé son propre casting

Le mode Playground est la porte d'entrée ludique : tu choisis une voix, tu décris le sujet de ta chanson, et tu mixes les styles comme on assemble des ingrédients. C'est le meilleur moment de l'outil — on y passe une heure sans s'en rendre compte.

Le Playground d'Udio

Le Playground : la partie vraiment amusante du test


Comment on « écrit » une chanson (les prompts à copier)

Deuxième conséquence des procès : impossible de citer un nom d'artiste. « À la manière de Stromae » est bloqué. À la place, tu décris : le genre, l'ambiance, les instruments, le tempo, le type de voix, la langue. En somme : décris le son que tu entends dans ta tête plutôt que la personne qui l'aurait chanté.

Deux réflexes utiles : précise la langue de la voix (sinon tu auras de l'anglais par défaut), et fournis tes propres paroles si tu veux faire chanter un texte précis.

Les quatre prompts de mon test, à copier tels quels :

Interface de création Udio : prompt de style et paroles

L'atelier d'écriture : la description du son d'un côté, les paroles de l'autre


Combien ça coûte ?

Le détail agaçant : les crédits non utilisés sont perdus chaque mois.

Pricing Udio

Les 3 plans Udio, en euros — le gratuit suffit pour se faire une idée


Le test : un morceau — écrasé, reconstruit, et en ligne

Rappel du point de départ : pas de solfège, pas d'instrument, aucune expérience de production.

Premier constat : beaucoup de déchets. Sur l'ensemble des générations, la grande majorité part à la poubelle — des morceaux plats, génériques, ou qui ignorent la moitié de la description. Trouver une bonne prise, c'est relancer les dés encore et encore, en dépensant des crédits à chaque lancer.

Deuxième constat, cruel pour nous : le français. Sur les morceaux chantés en français, on ne comprend presque rien des paroles — l'accent est étrange, plus proche du québécois que du français classique. Pour un outil qu'on teste parce qu'un phénomène francophone cartonne, c'est un vrai problème : ce qui sort ne ressemble à rien de ce qui tourne sur Skyrock. C'est beaucoup mieux en anglais — ce que j'ai fait.

Troisième constat, le pire : tu ne contrôles presque rien — et l'outil peut écraser ton travail. Il m'est arrivé exactement ça : après des dizaines d'essais, j'avais enfin un morceau que j'aimais. En voulant l'améliorer avec les outils d'édition d'Udio, le morceau a été réécrit — l'original, perdu. C'est la pire expérience du test : des heures de tris et de relances, effacées par l'outil censé t'aider à finir.

La parade, trouvée à la dure : construire bloc par bloc. Générer d'abord le refrain seul, le valider, puis étendre le morceau section par section — un couplet à la fois, jamais deux — en gardant chaque version validée intacte dans la bibliothèque. C'est lent, méthodique, à l'opposé de la magie promise. C'est aussi la seule façon d'obtenir un résultat qu'on assume.

Le résultat : « Cold Hands, Cold City ». Un morceau de rap aux sonorités trap, en anglais, avec mes propres paroles. Est-ce que ça vaut ce qui sort d'un vrai studio ? Non. Est-ce que j'aurais cru pouvoir produire ça sans savoir jouer trois notes ? Non plus.

Pochette de Cold Hands, Cold City

Le survivant du test : un morceau, des dizaines de générations, et une reconstruction complète

Le morceau du test
« Cold Hands, Cold City »
Écouter le morceau →

Ce qui coince

Trop de déchets pour un bon morceau. La qualité est une loterie : tu relances, tu tries, tu jettes. Le ratio générations ratées / gardées est décourageant, et chaque relance consomme tes crédits.

Pas assez de contrôle — jusqu'à l'écrasement. Tu ne sculptes rien : tu décris, tu pries, tu recommences. Et les outils d'édition peuvent réécrire un morceau existant — c'est arrivé pendant ce test, l'original perdu avec. Aucun logiciel sérieux ne traite ton travail comme ça.

Le français chanté. Paroles incompréhensibles, accent d'algorithme. En l'état, l'outil chante anglais.

Tes morceaux restent chez Udio. Depuis l'accord avec Universal, les téléchargements sont désactivés pendant la transition de la plateforme : aucun fichier à récupérer, tes créations s'écoutent via des liens Udio, point. Concrètement : si tu voulais faire tes sons et les publier sur Spotify, oublie — ce n'est pas possible pour le moment.


Le verdict : 4/10

Franchement, c'est une bonne initiation à la musique générée. Par contre, dès que l'objectif dépasse l'amusement — faire quelque chose d'a minima professionnel, ou simplement de qualité — ça se complique sérieusement. Un morceau qui tient plus d'une minute trente, c'est déjà très difficile. Et l'absence de contrôle rend l'exercice vraiment compliqué : tu décris, tu relances, tu tries, sans jamais vraiment piloter.

Une bonne initiation, donc. Ça va sûrement se développer — mais on n'y est pas encore.


Les alternatives

Suno — le grand rival, même promesse grand public, lui aussi passé par la case procès et ses conséquences. Les mêmes limites de fond s'y retrouvent : on décrit, on relance, on trie.

Les outils de vrais créateurs — Ableton Live, Logic Pro, FL Studio : là on compose, on joue, on mixe soi-même. Aucune génération magique, une vraie courbe d'apprentissage — et un son qui t'appartient de bout en bout. Le bon choix si la musique devient plus qu'un jeu.


Mot de fin

C'était intéressant à tester — rien de tout ça n'existait il y a deux ans. Il reste pas mal de lacunes : il faut que l'outil s'améliore pour qu'il devienne simple de sortir des morceaux de qualité, avec de la consistance de l'un à l'autre. Ça devrait progresser dans les mois à venir. On retestera à ce moment-là.

On se retrouve dans deux semaines, le dimanche. Et si tu as un outil à proposer pour la suite de la saison, dis-le-nous.

Très bon dimanche,

Lucius

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